Le jour, ils se parlent à peine. Ou quand ils se parlent, c'est toujours pour échanger des remarques désobligeantes, genre « Tête de petit pois » ou encore « Sourcil en vrilles » et généralement, ça se finit en bagarre générale sous les soupirs exaspérés des autres membres de l'équipage. Ca les occupe, après tout. C'est un passe-temps comme un autre et ça déclenche parfois des fous rires. Et puis ces pseudos bagarres sont une occasion bénéfique de se défouler d'un trop plein d'énergie. Enfin d'après les dires de Robin...
Ces bagarres sont futiles et rituelles. Ce n'est guère plus qu'un moyen pour eux de se rassurer en fixant l'attention de l'autre sur soi-même, comme pour lui faire passer un message subtil « Regarde-moi, je suis devant toi ! » et d'attendre la même réponse tacite « Oui, je te regarde, je ne vois que toi ». L'ont-ils compris ? Personne ne sait et encore moins eux-mêmes...
Ces bagarres sont un autre moyen détourné pour s'imprimer l'image de l'autre encore une fois, comme s'ils n'en avaient pas assez et qu'ils n'en auraient jamais assez. Pour Zoro, c'est l'occasion d'admirer l'½il bleu et souvent furieux de Sanji, ses cheveux blonds un peu ondulés par le vent, la petite rougeur qui s'installe parfois sur ses joues, sa peau blanche, sa silhouette mince et ses lèvres fines et désirables. Pour Sanji, c'est un loisir de pouvoir déshabiller Zoro du regard, de plonger dans ses yeux de fauves, d'effleurer ses mèches vertes, de frôler sa peau tannée par le soleil et de crever de frustration parce qu'il a envie d'embrasser ses lèvres qui s'étirent en un sourire carnassier.
Puis le contact s'arrête et chacun retourne vaquer à ses occupations habituelles, c'est-à-dire la sieste pour Zoro et la cuisine pour Sanji. L'un comme l'autre, interrompus dans leur élan et désireux de prolonger ce contact diffus. L'un comme l'autre avec la même boule de chaleur au creux des reins. L'un comme l'autre sachant pertinemment que s'ils avaient continué, ne serait-ce qu'une minute de plus, il n'auraient pas pu se retenir et ils auraient fait l'amour à même le sol, en plein jour et devant tout le monde. Chose absolument inenvisageable vu que personne sur le bateau n'est au courant pour eux. Sauf Robin qui voit tout mais elle ne le dira jamais bien sûr...
D'ailleurs, ils ont plusieurs fois failli se faire surprendre. Heureusement pour eux, la chance – ou la bêtise de Luffy ? Allez savoir – a toujours été de leur côté. Mais ils s'en doutent bien qu'un jour, ils seront découverts. Et c'est encore le même rituel : Sanji confie ses craintes à Zoro et Zoro lui répond qu'il ne faut pas s'en faire et qu'ils aviseront à ce moment-là. Et ça rassure Sanji qui se blottit contre Zoro après s'être assuré que personne ne les regarde...
Il arrive parfois à Zoro d'être jaloux. Sanji est connu pour être un dragueur invétéré et les compliments qu'il fait à Nami et Robin ne sont pas toujours pour plaire au bretteur. Mais il parvient maladroitement à se rassurer quand il voit Sanji revenir vers lui. Une fois cependant, il lui a demandé qu'elle était la cause d'un tel flot de compliments de la part du cuistot. Sanji avait répliqué en riant que cela ne le dérangeait pas de l'appeler « Zoro-chan » ou « bretteur de mon c½ur ». Vexé et stupidement rassuré, Zoro n'avait rien ajouté.
Ainsi passe la journée... Puis vient la nuit.
Ils n'en ont pas l'air mais ils sont très rituels : après le repas du soir, tout le monde va se coucher tandis que Sanji termine la vaisselle du soir seul. Zoro s'éclipse en même temps que les autres, il ne veut pas attirer les soupçons. Puis, il revient discrètement et attend que Sanji finisse la vaisselle. Il ne l'aide pas, il se contente juste de le regarder. Et quand Sanji a fini, il le prend par la main et l'entraîne dans la cabine du cuisinier. Sanji se laisse faire, docile.
Dès que la porte est fermée à double tour, ils se jettent l'un sur l'autre, trop heureux de cette proximité temporaire, et s'embrassent voracement, chacun cherchant à dominer l'autre de n'importe quelle façon. Ils s'arrachent les vêtements et tombent à terre, provoquant des soupirs et des râles lascifs qui éveillent leur désir l'un de l'autre. Le baiser devient plus tendre, plus langoureux et Sanji se laisse finalement faire, confiant la suite des opérations à Zoro.
Zoro, lui, redécouvre la peau laiteuse de Sanji avec délectation, s'amuse à mordiller ses tétons, arrachant des gémissements de plaisir à son amant. Il se balade sur le ventre et descend sur le bas ventre, caresse doucement de la langue le sexe dur de Sanji. Lequel est déjà proche de l'extase. Sans prévenir, Zoro le prend entièrement en bouche et imprime un mouvement de va-et-vient. Sanji ne tient plus et se déverse dans la bouche de Zoro. Celui-ci avale la semence de son amant et remonte l'embrasser avec passion, le temps que Sanji reprenne pied avec la réalité.
Sanji finit par répondre au baiser de Zoro. C'est sa façon à lui de remercier le bretteur. Alors, sans aucune préparation mais avec lenteur, Zoro pénètre Sanji de son sexe durci. Lentement, doucement, pour ne pas le blesser, attentif au moindre de ses gémissements et prêt à se retirer en cas de problème. Sanji se crispe, la douleur le pince mais il finit par se laisser aller à l'étreinte de Zoro. Quand Zoro sent son amant suffisamment détendu, il commence à bouger, à faire des va-et-vient, à sortir de son amant pour après revenir le posséder. Et Sanji se laisse emporter.
Zoro est parfois plus bestial et plus passionné avec son amant, mais il voit bien la douleur dans les yeux de Sanji à chaque fois qu'il le prend brutalement. Sanji a beau être consentant, Zoro a parfois l'impression... de le forcer. Et il se dégoûte d'être comme ça. De ne penser qu'à son propre plaisir alors que son partenaire n'éprouve qu'une moindre jouissance à être pris ainsi. Même s'il ne dit rien, Zoro voit que Sanji souffre. Alors il s'est promis d'être plus tendre avec le cuistot. Et celui-ci visiblement apprécie.
Zoro s'est fait plus impatient et pénètre son amant plus profondément, plus vite. Il se sent proche de la jouissance et Sanji n'en est pas loin aussi. Il hurle presque son plaisir. Heureusement que la pièce est insonorisée ! Zoro finit par se libérer au plus profond de Sanji, vite suivi par celui-ci. Zoro reste un instant le souffle court puis se retire. Sanji l'enlace et lui caresse distraitement le dos. Ils restent ainsi plusieurs minutes, le souffle court, les muscles ruisselants de sueur jusqu'à ce que les braises du désir se rallument et les consument tout entier. C'est un vrai feu qui s'empare de Zoro alors qu'il se laisse guider sous l'impulsion des caresses de Sanji. C'est le même feu qui dévore Sanji lorsqu'il insinue sa langue entre les cuisses bronzées de Zoro. Et ces deux brasiers finissent par n'en faire plus qu'un.
Ils font l'amour ainsi pendant plusieurs heures jusqu'à ce que l'épuisement les gagne et qu'ils s'endorment nus sur le lit du cuisinier.
Ils se réveillent tôt, les horaires du cuistot obligent. Ils parlent peu, parfois pas du tout, ils s'échangent des baisers brûlants, tous remplis de la même promesse « Je serais là ce soir ». Il y a des cas où Zoro craque, plaque Sanji contre le mur, lui fiche son bandana dans la bouche pour éviter qu'il hurle et lui fait l'amour comme une bête, debout contre le mur. Sanji reconnaît que ce n'est pas des plus agréables mais... qu'est-ce que c'est excitant, par le One Piece !
Plus tard, ils s'habillent sans un regard l'un pour l'autre, sinon ils sentent qu'ils vont recommencer et recommencer encore. Ils sont dingues l'un de l'autre et même après quatre mois de ce rituel quotidien, ils s'aiment avec toujours autant de passion. Sanji n'a jamais été tenté d'aller voir ailleurs, il est tellement bien dans les bras de son Zoro. Quant à Zoro, même s'il se demande encore pourquoi il est tombé amoureux de ce satané cuisinier, il n'échangerait sa place pour rien au monde même pas pour le One Piece. Mais ça il ne l'avouera jamais bien sûr...
Sanji embrasse Zoro une dernière fois, comme pour confirmer sa présence ce soir et s'en va en direction des fourneaux. Zoro attend quelques minutes et retourne à son hamac. Il essaye de dormir mais il en est incapable, les images et les sensations de la nuit défilent dans sa tête... Il a hâte d'être au déjeuner.
Puis commence une autre journée... Et Sanji, en préparant le petit déjeuner, ne peut s'empêcher d'attendre le soir avec impatience.
FIN